dimanche 19 février 2012

table des poèmes

Acrostiche pour Violette
A nous les mots
Adieu mon homonyme
Affinité des bipolaires
Agathe
Aïe Cul
Alcool émis
art poétique
CALS
Ce que vous vous gourâtes
Château en Espagne
Comment le dialogue sourd
Copains clopant
Copié collé
Croquis dans l'autobus
Darwinisme
Des millions de voyageurs
des polypes dans les naseaux
Ecrouissage
Emeraude
Eole
Eternité
Généalogie
Glossolalie
Haiku du sourd
Harmonie du soir
Histoire de rire
Hurluberlu
In memoriam
Inspiration
Jamaïcaine
Je voudrais écrire beau
La consultation
La gamberge
La veuve
La vie des rats
La voiture à mots
L'adieu
Lard abstrait
Le blog de vers
Le canard boiteux
Le chat de Schrödinger
Le cochon
Le facteur humain
Le genou
le moteur abandonné
le nu
Le poète masqué
Le prêtre
le sillon 1
le sillon 2
le tableau de Luce
Le temps qui passe
Le veilleur de nuit
L'enterrement
Les yeux d'Elisa
L'ermite
L'île de Sark ou la mort de Sir James
L'instant foetal
L'intellect
L'ultime refuge
Mariage
Mondanités (haiku)
Monte Carlo
Mort du Père
Narcisse
Nature morte
Oeuf de Pâques
Pot pourri
Pour faire un sonnet
Pastiche
Prière d'un inconnu
Prise de sang
Résilience
Résurrection
Semi marathon
Sonnet à demain
Sonnet de château
Sur commande
Terrine de lotte
Un dernier vers (haiku)
Une orange
Vélivole
Vengeance
Verre à pied
Vœux du poète pour 2010

Le nu

Je voudrais
Virtuellement
Palper
Le galbe de tes formes
Le galbe de tes songes

Rage
De ne pas saisir
La vérité
Fugace
De ces instants
D’oubli

Aujourd’hui
J’ai raturé
L’espace d’une idée
Mon texte immatériel

O nu
Au contenu
Indescriptible

Las ! Le poème
Point ne pourra
T’illuminer

jeudi 16 février 2012

Acrostiche pour Violette


Voilà un joli petit poème enfantin
Il est écrit pour toi belle petite fille
Or chaque fois que tu l’entendras le matin
Lasse du dodo tu ouvriras les gobilles
En disant in petto Didier me célébra
Tant que j’étais un adorable bébé
Trésor avalant son biberon dans ses bras
Et tout le monde m’admirait bouche bée

Mais le temps le temps va passer vite vite
En s’envolant laissant là tous les souvenirs
Rires et chansons berceuses alors t’invitent
Loin des crises bruits et fureurs à venir
Enfin à profiter pleinement du présent

lundi 28 novembre 2011

L'île de Sark ou la mort de Sir James


C’est un morceau de terre entouré par la mer
Alentour ceinturé de récifs affleurants
Que l’habile navigateur grâce aux amers
Sait éviter en dépit de méchants courants

Courants faibles et courants forts Lighthill les a
Recensés, modélisés, cartographiés
Grâce aux équations dans lesquelles il puisa
Les délices d’un formalisme orthographié

Puis vint le souci de vérité scientifique
Confronter la théorie avec l’expérience
Lui fit concevoir un essai bien mirifique

En nageur solitaire ballotté par la science
Il affronta chaque année tout le tour de l’île
Jusqu’à épuisement du modèle fragile

dimanche 27 novembre 2011

Résilience

C’est par une mer force onze
Sur un rail qui n’est pas de bronze
Que s’en va pêcher le marin
De préférence de bon matin

Des systèmes de repérage
Tout à fait simples comme usage
Sont proposés en connivence
Pour augmenter la résilience

Il est sûr que la voyance
Exacerbe la concurrence
Le repérage est aboli
La résilience est dans le lit

Il reste bien les procédures
Pour une résilience en dur
Mais vu le contexte d’emploi
Le marin serait hors emploi

En conclusion pour cette histoire
La pêche régime de croisière
Résilience état stationnaire

Copains clopant

Aux portes des bureaux le tabac gît
Et c’est ici que le fumeur surgit
Pour se mettre une bouiffe dans le tarbouif
Ou bien fumer sa clope c’est du kif

Puis vient un acolyte sans dire ouf
Qui revendique sa dose de schnouf
Et un autre et un autre et encore un autre
Dans des délices de caporal se vautrent

Sans aucun souci du temps écoulé
Ils sont là benoîts aspirant goulées
Et soufflant voluptueuses volutes

Qui peut-être plus tard une dure lutte
Engageront contre une maladie
Qu’on ignorait superbement jadis

Lard abstrait


Un peintre peignait un cochon

Avec toutes ses andouillettes

En filigrane


Emu par la beauté du spectacle

Il mit son pinceau

En tirebouchon

Et déroula sa science

En cochonnerie


Ce fut un chaos épouvantable

Les tripailles, les pieds

La tête les jambons


Les côtelettes et les boudins

Blancs et noirs

Pas raciste


Tout se mélangea

A tel point

Que beaucoup d’imagination

Il fallut

Pour distinguer le tout

A partir

Des parties

Croquis dans l'autobus


Une surface blanche parsemée de fleurs bleues

Se profile en transparence dans la foule anonyme

Afflélou le flou défile derrière les carreaux

Ses figures de myope illuminées d’azur


Arrêt demandé et stop à la prochaine

La masse de gélatine banlieusarde est toute secouée

Une surface blanche parsemée de fleurs bleues

S’estompe


Une prochaine image est vivement demandée

Pour échapper à la mornitude

Du regard du voisin d’autobus


Les crocus de l’autobus

N’ont tenu qu’une interstation

Généalogie




Au début il y eut le Verbe

Et puis le Verbe s’est fait chair

Vint le premier ancêtre en herbe

Qui fut chassé d’Eden c’est clair


Comment il fit ce n’est pas clair

Pour peupler densément la terre

Jusqu’à l’état zéro mystère

Du premier recensement éclair


Alors écrits dans le grand livre

Tous les ancêtres en amalgame

Sont répertoriés hommes et femmes


C’est à toi généalogiste

De bien dénouer l’écheveau

Tricoté par de bons copistes

Le veilleur de nuit


A l’heure où tu dors Marie

Je veille

Je veille à ne pas faire de bruit

Je vis en silence

Dans les ombres de la nuit


Mais qu’il est dur ô Marie

De ne pas bouger ou presque pas

De chuchoter à son alter ego

De vivre intensément

En se tassant au fond de soi même


Car tu vois ô Marie

Le corps est immobile

Mais la tête est active

C’est la condition pitoyable

De tout veilleur de nuit


Au matin

O délices de Capoue

Enfin vient le soleil

Le bourdonnement social

Et pour moi le sommeil

Comment le dialogue sourd

Au fin fond de l’occipital
A l’asile ou à l’hôpital
Le mot est là

Il fouille il farfouille
A travers les barrières
Il se forme il se déforme

Il n’existe pas encore
Exister ou ne pas exister
Là n’est pas la question

Il faut s’exprimer
Il faut réussir à
Transformer, associer, combiner, amplifier, utiliser
Tous ces petits signes prémonitoires
Du fond du cervelet
Pour provoquer en bonne intelligence

Les mouvements combinés
Des lèvres des joues de la langue de la glotte
Et du larynx
Surtout le larynx avec son œil puissant

A moins que ce ne soient
Des mouvements de poignet
De phalangine et de phalangette
De pouce index et majeur

Quand tout cela est réussi
Un mot sort

Est-ce un bon mot

Tout un cheminement est encore nécessaire
Vers des centres de dégustation
Pour en apprécier la qualité

Et ce n’est pas un vin mot
Qui nous rapprochera
De l’almanach verre mot

La consultation



A l’ombre de la lampe de Dame Médecine

Vient parfois le soir se réfugier le patient

Cherchant les soins le calme et la pénicilline

Il écoute en simulant un air insouciant


Ego et microbes ont fait un amalgame

Le médecin fait celui qui ne voit rien

Dans cette ratatouille il cherche un cryptogame

Le remède habituel pour tous ces machins


Des pilules et des discours accompagnent

Les actes médicaux du docteur en campagne

Par-dessus tout les mots il nous les place et beaux


Puis c’est le moment de conclure aridement

Avec le montant des émoluments royaux

Que dans sa poche le docteur met goulûment

Pour faire un sonnet


Prends une feuille de papier

Et commence à compter les pieds

Afin d’aligner de beaux vers

A l’endroit ainsi qu’à l’envers


Et ce fut le premier quatrain

Ce vrai sonnet avec entrain

Rejaillit en rimes suivies

Qui de poésie sont la vie


Et voilà le premier tercet

Avec son mystère à percer

Qu’allons-nous faire avec la rime


Evidemment c’est pour la frime

Qu’elle saute d’un tercet à l’autre

Et dans l’accord final se vautre


Le temps qui passe



Je prends un calendrier

Et fais mes rides

Monte Carlo


Ce sont de gros systèmes qu’on peut simuler
En adoptant une technique aléatoire
Afin de calculer un peu comme un mulet
Pas à pas des coefficients bien méritoires


Au départ il s’agit d’extraire au hasard
Des nombres issus d’une souche miraculeuse
Et qui au lieu de se mettre en bazar
S’organisent de façon judicieuse


Des tirs de configurations sont expédiés
En quantité importante c’est là la clé
Et chaque séquence dûment enregistrée


Grâce à cette mitrailleuse on a opéré
Des tas de transactions arithmétiques
Pour une disponibilité systématique

Le chat de Schrödinger


Ce n’était pas un chat ordinaire
Le fameux chat de Schrödinger
Il ne s’appelait pas Minou
Et certes n’avait pas de mou


C’est entouré d’un atome
En décomposition at home
Et d’une fiole de poison
Qu’il prit ses dispositions


L’objet de l’expérience
Ne soyez pas sarcastique
Il s’agit bien sûr de la science
Est bien proche de la mystique


Oui il s’est installé ce chat
Dans un état il se percha
De mort vivant non observé
Et il existe sans baver


Tant que vous ne le regardez
Vous connaissez son existence
Alors que si vous insistez
Sûr vous le plongez dans l’absence


Et d’aventure tout apprenti
De mécanique ondulatoire
Pourra ainsi être converti
A l’abstraction corpusculaire


Ce chat est-il mort ou vivant
C’est une question réservée
Eh bien Schrödinger le savait
Il l’a mis dans son testament


le sillon 2

Le tracteur s’en va dans la plaine
Avec son cortège d’oiseaux blancs
Ni corbeaux ni colombes
De simples pique-bœufs

Ils ont essayé les malheureux
De s’attaquer au tracteur
Et bien vite ils ont compris
Que l’avenir n’était pas là

Ces tôles ronronnantes
N’abritent aucun
Parasite pouvant servir de
Pitance

Le conducteur peut-être en a
Mais il est si petit
Dans sa cabine
Et ils sont si nombreux
Les pique-bœufs

Alors gentiment en cohorte
Ils s’attaquent
Au sillon vermigène
C’est le progrès

In memoriam

Je me souviens
De ce dont je me souviens
Croyance du souvenir
Souvenir d’une croyance
Fer dans la plaie
Remuer le fer
Souffrir

Je me souviens de la souffrance
Je la recrée
Fer dans la plaie
Remuer le fer
Illusion de la souffrance

J’ai oublié l’illusion
Je me souviens du fer
De la plaie

Tiens j’ai oublié le bourreau
J’imagine
Son torse velu et son rire sardonique
L’imaginaire se mêle
Puissamment
Au souvenir

Et me voilà prêt
A jouer au martyr
Ad vitam aeternam

Et quelle réalité ?

Histoire de rire




Elle pédalait sur son vélo autour de l’Europe

A la recherche des illusions perdues

Par ses ancêtres sur le macadam.

C’était un beau voyage une odyssée moderne

Le chant des sirènes à toutes les usines

Echo du travail repoussant

Lui évoquait même le détroit de Charybde.

Mais subitement elle oscilla elle chancela

Devant un chancelier en habit mordoré.

Un ouvrier mort de rire était écroulé par terre

Etait-il mort avant de s’écrouler

Ou s’écroula-t-il avant de mourir ?

Ce n’était pas un mou rire

Mais bien un fou rire

Etait-il vraiment fou ?

Et ce chancelier qui papillonne

Est-ce la grève qu’il tente de juguler

Ou le fou rire de l’ouvrier ?

Ils sont des centaines autour de ce tableau

Chancelier vélo mort.

Mais qui est-elle ?

Ne serait-ce pas la faucheuse

A vélo en raison des pénuries ?

Et la foule gronde

Et elle se fait petite

Un ouvrier prend les devants

Les met derrière

Et lui dit en ces termes

Belle étrangère sur ton vélo

As-tu compris que tu es munie

D’une arme redoutable

Inconnue jusqu’alors

Le rire n’avait jamais sévi

Une analyse tu vas subir

Toi qui engendras le comique

De situation

Car il faut que cela cesse

Personne n’est immunisé

Nous devons découvrir les causes

Et les exorciser

Il mit le chancelier sur le vélo

Et la foule s’écroula

Et le chancelier aussi

Elle reprit son vélo

Et continua son périple

L'enterrement

Deux enfants
Deux fleurs
Sous cellophane

Un enfant
Une fleur
Sans cellophane

Une cellophane
Envolée

Deux cercueils
Deux fleurs

Une enveloppée
L’autre non

Quelques poignées
De main

Quelques poignées
De terre

Adieu

le sillon 1

Et cette plume qui
Inévitablement
Cherche à tracer
Le sillon

Soc
De mon crâne
Laboureur de
Mon répertoire

Il faut labourer
Creuser la cervelle
Avant de semer
L’illusion d’espérance

La vie n’est que blessure
La poésie n’est que mots
Arrachés

Douloureux enfantement
Pas toujours renaissance
Poètes maudits

Pot pourri


L’homme est fait pour la guerre

Et la femme pour le repos du guerrier


L’homme est de la chair à canon

Et la femme de la chair à saucisse

Ecrouissage


Au commencement était le monocristal
Pur symbole de la dureté originelle
A l’abri des tracas du monde passionnel
Il n’a pas connu le choc du bélier frontal

Puis le fléau du monde impose sa rupture
En deux d’abord en deux puissance mille après
Détruisant dureté avec virginité
Et le cristal ainsi gagne une autre structure

C’est alors que survient l’étonnant phénomène
Ce cristal meurtri retrouvant la dureté
Dur symbole de la lointaine pureté
Vivant paradoxe dans la nature se promène

Frères humains de cela soyez en certains
La vie n’est que laminage permanent
Toujours elle casse et recasse le manant
Pour que vieux il retrouve un juvénile entrain.

Oeuf de Pâques


Les petits cailloux ramassés par la poule

A coups de gésier sont devenus

Coquille d’œuf


Remplie de jaune et puis de blanc

Toutes choses inutiles

Pour décorer un œuf


Deux petits trous il faut percer

Pour le dégober


Et le peinturlurer

De fleurs de poissons

De soleils et de maisons


Ah que c’est beau tout ça

Sur cette chose

Sortie du ça

De la poule


Le cochon



Le cochon d’Anne Marie

C’est par une belle journée d’été

Que nous nous arrangions la santé

Nous prélassant comme des prélats

Avant de vivre l’histoire que voilà

Au bord de la piscine un vrai cochon

En catimini avec un air ronchon

S’avance, se lance mais quelle audace

Il s’approche tout nu de la surface

Et pataflo et le voilà qui plonge

Envieux d’un bain mais sans éponge

Comment faut-il faire pour se laver

Et comment s’en sortir sans en baver

Tout le monde met la main à la patte

Voulant empêcher qu’il se carapate

Le pousse à hue et au diable vauvert

Mais pas moyen de le remettre au vert

Il faut alors recourir aux pompiers

Qui pour une fois arrivent à pied

Auprès d’un sinistre pas ordinaire

Croyant sortir de l’affaire sans s’en faire

Or las il faut y aller et tombent

Les casques, les casaques ils bombent

Leur torse velu devant le cochon

Qu’ils assaillent jusqu’au cabochon

Dans l’eau bleue le combat est homérique

Le public les pompiers sont hystériques

Mais vite le cochon s’avoue vaincu

Et dans sa soue va dire son vécu

Le poète masqué


Dans les réunions de travail
Comme ses collègues il bataille
Oui il écoute et il pérore
Devant des discours de pécore


Mais la nature est bien faite
Tel un ordinateur en fête
En tâche de fond il prépare
Un sujet que rien ne dépare


Alors que la réunion traîne
Les fronts se plissent et freinent
Une grosse et furieuse envie
D’aller déjeuner c’est la vie


Et voilà que notre poète
Mitrailleuse que rien n’arrête
Victorieusement termine
L’œuvre que déjà il rumine


C’est un sonnet qu’il accomplit
Des vers alignés sans un pli
Mais n’écoutez pas citoyens
De tels poètes c’est moins que rien

des polypes dans les naseaux

C’est à travers une technique exploratoire

Résolument moderne et tout à fait au point

Qu’on visita mon appendice respiratoire

Présumé à juste titre fort mal en point


Une tomodensitométrie a permis

Grâce à une acquisition hélicoïdale

Et reconstruction dans le plan axial

En fourrageant au rayon laser parmi


Le complexe ostio-méatal les cornets

Les sinus frontaux maxillaires ethmoïdaux

De montrer une hyperplasie muqueuse ornée

D’une vraie turgescence octroyée en cadeau


En sus la déviation d’une cloison nasale

Mais ouf sans corps étranger intra cavitaire

Font présager une polypose banale

Que l’on saura traiter de façon salutaire

Hurluberlu


Le chouette silence

De ces espaces infinis

M’effraie

CALS


Des choses des noms des numéros

Correspondance très équivoque

Entre concepts de diverses natures


Des hommes des machines des automates

A la sauce tartare

Pour produire du boudin des tanks

Des autos mobiles ou immobiles


Le monde est en boucle ouverte

L’entreprise se casse la gueule

Il faut des remèdes


Le SLI, le SLURP, le SAMU

Tout cela n’est rien

Il manque CALS


Car de cela va jaillir l’harmonie

Atout maître de la société de demain

Lumière de toute création humaine

Savant édifice du savoir combiné

Narcisse


O moi des floraisons moi des métamorphoses

Moi qui fus sans nuage et toi poignardé

Dans l’onde tranquille j’admire mon reflet

Et ton image évanescente souvenir souvenir


Les lilas et les roses et puis les haricots

Doucement s’insinuent le long

De mon mollet galbé

A peine les ressens-je


Passent les lunes et passent les soleils

Toujours ce reflet m’obsède

Captation de l’image


Un bon conseil

Méfiez-vous de la télé

Nature morte


Prenez une pomme et une orange

Prenez un pinceau et peignez

L’orange est maltaise mais

Laissez l’étiquette


Sur la substance concentrez-vous

Décrivez la couleur et l’arôme

Et le goût de fleur

De celle qui l’a cueillie


La pomme tout connement

Est tombée par gravité

Et elle a un gnon

Ne soyez pas déçu


Peignez le gnon ou la pomme

La fleur ou l’orange

Finalement quelle importance

Copié collé

Copier un joli mot ou une belle tournure
Ou bien une abomination
C’est certes pris dans la moulure
Que commence la damnation


Coller repris de la moulure
Les mêmes et on recommence
La forme et le fond de l’enflure
Forte illusion de romance


Copier des phrases insipides
Ou bien des vers de mirliton
Dans un presse papier de béton


Coller béton à prise rapide
Sur ce poème tartignolle
Elaboré à la chignole

La veuve




Eh dis! eh dis ! Pourquoi m’as-tu abandonnée

Depuis maintenant et des jours et des années

Ton souvenir iridescent me tarabuste

Pourtant je n’ai plus la mémoire si robuste


Au milieu de tous tes objets je suis en peine

En panne d’usage il faut que j’apprenne

Est-ce bien la peine mais oui c’est dur

D’assumer l’héritage de tes reliures


Et les heures passent et les jours et les années

Dans cet ennui sidéral où tu m’as plantée

Moi ton fidèle soutien quelque peu fané


Aujourd’hui la descendance t’a supplanté

Et redonne pleinement à la vie son devoir

Facilitant l’attente de notre revoir

Vélivole


Accroché à ton remorqueur

Dès lors tu commences en longueur

Une épopée qu’avec plaisir

Tu narres oublieux du désir

Qui tel le guerrier t’assaille

Bien que vieux loin des batailles


A partir d’une ascendance

Oui te voilà rue de la Pompe

Il te faut relâcher l’essence

Et les attaches que tu rompes


C’est là que le périple avance

L’aérologie en finesse

Non ce n’est pas une romance

Ni un signal de détresse

Il s’agit de bien exploiter

Usant du manche et du palonnier

Et de spiraler sans rater

Une pompe que des niais

Certes ne sauraient conserver


Le vario qu’il faut observer

Du moral est l’indicateur

S’il est positif cela monte

Si négatif cela démonte

Et s’il est nul c’est transitoire


Oui transitoire c’est méritoire

Le vario est abstentionniste

Mais d’une pompe révisionniste

Peut être germe balbutiant


Et si le vario décline

Le bon pilote négociant

Sa déchéance mutine

Emmène bien vite à la cravache

Son beau planeur jusqu’à la vache

Alcool émis

Dans un verre de verveine
Veine un vers il trouva
Tout content il l’écrivit
Et c’est ainsi que cet écrit vit

Dans l’absinthe il essaya
Vainement il faut le dire
De trouver l’inspiration qui
Verlainement le réjouirait

Dans le whisky oh le vit skie
Des images érotiques l’abreuvèrent
D’un jus rond fort malséant

Dans la vodka caca
Il plut des plumes d’autruche

Et dans son verre il s’endormit

Le facteur humain

C’est un drôle de facteur, le facteur humain
Mais nous allons voir comment l’analyser
En prenant en compte la tête et les mains
Car pour les erreurs il faut tout supposer

La mesure passe par un indicateur
C’est le temps moyen entre événements stupides
Dont il s’agit d’apprécier la valeur
Avec une méthode bien assez rapide

Il faut décomposer le facteur en éléments finis
Les quantifier et peut-être les disqualifier
Puis appliquer la technique de Swain le béni

Qui permet de hiérarchiser sur un papier
Les qualités et les défauts aboutissant
A la prothèse cognitive c’est puissant

A nous les mots



Une avalanche de mots sur ma tête est tombée
Des mots semant l’émoi dans mon moi fatigué
Que de mots à trier d’instants à décanter
Doux mélange de signifiants et de signifiés

Plus facile serait d’évoquer l’abstrait
Délicieuse virginité hors des formes imposées
Libération des contraintes
Liberté absolue

Mais voilà pour l’expression
Le poète est prisonnier du carcan des mots
Qui tant le régalent et tant le tourmentent

Et en plus des mots il y a le rythme
Et puis la rime
Et puis tout çà
Et d’autres choses encore

Vengeance

Un charpentier
Fit un très beau cercueil
Et dessus il grava

Nous les tenons
Et les morts se taisent

Résurrection


Le temps passe

Des sillons se creusent

Sur ton front rhodanien

Des sommets blanchissent

Sur ta calotte crânienne


Courbé sur ton ouvrage

Comme sous le poids des ans

Tu traces ton verbe

Dès le commencement


Mais le verbe s’est fait chair

Des boutons sautent

De ta culotte polaire


Dardant ton espérance

A grands pas tu t’avances

Vers la vérité toute nue

Château en Espagne

L’Espagne est un joli pays
Connu pour ses châteaux
Ah que j’ai de la peine
De ne pouvoir les acquérir

Les nerfs à vif je m’escrime
A persuader mon banquier
De m’accorder le crédit
Nécessaire et suffisant
Pour acheter ce pur produit
De l’humour castillan

Je les compte mes sous
Je les compte à rebours
Je les compte dessous
Et toujours au bout du compte
Il manque cinq cents pour un euro

Eh oui c’est malheureux
De toujours vivre à la limite

Malheureux et jouissif
Car la grande découverte
Est qu’il n’y a pas de limite

Cette barrière que l’on croyait
Insurmontable
Une fois franchie
S’avère inexistante

L'ermite




Gloire à toi au plus haut des cieux
Une journée se lève devant mon esprit
Avide de célébrer tes louanges

Seigneur hier matin la chèvre du voisin
Est venue me tourmenter dans mes prières
Hâte toi Seigneur de me délivrer
De cette engeance du démon

Car c’est bien le démon rappelle toi
Seigneur ces horribles histoires de marins
Et du seul animal existant sur les flots
Pour assouvir bestialement leur passion

Seigneur je te remercie du secours
Que tu m’apportes chaque jour
Le pain j’aimerais bien du vin aussi
Et par-dessus tout ton amour infini

Une journée nouvelle s’annonce Seigneur
Pour m’imprimer totalement de ton amour
Gloire à toi

Des millions de voyageurs



Des millions de voyageurs
Et pourtant toujours les mêmes
Les mêmes qui se regardent
En chiens de faïence tous les matins
Tous les matins à la même heure

L’heure du berger où chacun vaque
A ses occupations ou ses absences
Dans ce bus où tout s’emmêle
Les noirs, les blancs, les cadres les autres

O transports en commun
O transports d’allégresse
Le gai Paris oui c’est bien vrai
O oui c’est toi RATP

Jamaïcaine

Parée des brillantes plumes du coq mystique
Elle énonce amène d’une voix sépulcrale
Des paroles étrangères quasi papales
Avec la vérité des langues authentiques

Cette voix c’est la sagesse cette voix c’est la joie
Ce discours c’est un fleuve de vie éternelle
Une résurgence de l’amour paternel
De celui pour lequel il faut porter sa croix

Elle peut traduire ses sentences bibliques
L’esprit céleste fait place à l’intelligence
Pour que comprenne à Paris l’assemblée en silence

Gloire à toi prophétesse lointaine tu t’appliques
Avec bonheur à donner la parole divine
Qu’à travers tes mots le peuple fidèle devine

Eole

Et tous pareils
Quelle merveille
Worker plug in
C’est comme en Chine

Le papier
Pour le gérer
Oui la corbeille
Est là qui veille

Si t’es malade
Ou en balade
Au pied levé
T’es remplacé

Mondialisé
Localisé
A ton bureau
Pas de défaut

Sur commande

C’est en vers et contre toute logique
Que j’aborde un gros dossier d’étude
Son entièreté me coupe la chique
Et je ne dis rien de sa complétude

Des spécifications c’est le départ
D’un casse tête de conformité
Mis en œuvre pour que point ne dépare
La technique de cette énormité

Puis il y a une revue critique
Où tous les dossiers sont examinés
Qu’ils soient monumentaux ou squelettiques

L’acceptation ne sera pas minée
Si en préalable tout est conforme
Et tout le monde ainsi sera en forme

Le blog de vers


Issus tout droit du néant primal
A l’assaut du monde communiquant
Ces quelques vers oui c’est original
Se retrouvent sur un blog en cliquant


Dès lors munis d’un support virtuel
Les voilà débités numérisés
Proie victime d’une araignée mortelle
Qui les aura bien sécurisés


Ce sont mes glorieux décasyllabes
Ravalés en de malheureux binaires
Qui de blog en blog jouent à l’astrolabe


Et dans l’univers cherchent un repaire
Dans lequel leur substance puisse échouer
Vers un ami avec qui se nouer

Haiku du sourd

Ah certes qu'elle est
Dure la feuille d'Automne
Et quand le bruit sourd

Eternité

Pour commencer bien sûr il y avait le verbe

Verbe éthéré sans langue ni transcription

Abstraction sublime de l’idée en herbe

Dont par malheur les hommes ont voulu l’inscription


Ils inventèrent des mots des chiffres et des lettres

Pour matérialiser l’idée fuligineuse

Qui dès lors se cacha dans la forme fumeuse

C’est ainsi que l’Etre se mua en Paraître


Cette métamorphose il fallut assurer

Par toutes sortes de moyens grands ou petits

Depuis l’ordinateur jusqu’au presse-purée


Sans oublier les horloges et leur appétit

De gouvernance universelle et totale

Qui compriment la vie de façon si fatale

Le tableau de Luce



Le vent souffle sur Etretat

Des falaises il y en a des tas

Pour jouer au Christ en croix

Prêt à décoller on s’y croit




Pourtant cette pose innocente

Traduit et maelstrom et tourmente

Qu’avec ma truelle de peintre

J’ai gâchés en plein cintre




Et depuis un tableau chemine

Sous les regards il nous mine

Jusqu’à trouver l’âme sœur




Alors rencontre fulgurante

La coïncidence est troublante

Le vent souffle sur Etretat

samedi 26 novembre 2011

Emeraude

Que j’aime roder de vert émeraude vêtu
Car cette couleur d’académicien vois-tu
Oui convient parfaitement à mon teint vermeil
Ainsi tous mes habits me semblent des merveilles

Voir ensembles émeraude dans le métro
On dit le ton c’est bon, mais ton sur ton c’est trop
Sauf si c’est camaïeu artistement dosé
Où le mélange accepté ne paraît osé

Faut-il pousser le vice jusques aux chaussettes
Même jusqu’aux sous-vêtements cela m’embête
L’émeraude serait alors envahissante

Frères humains quittez ces lectures grisantes
Et pour leurs noces d’émeraude embrassez
Les nobles Picard puis festoyez sans cesser

















Mariage

C’est à Southampton que tout a commencé
Un appartement commun pour voir comment c’est
Des jumeaux mexicains absolument pareils
Or malgré tout ce fut Adrien la merveille


Après le diplôme les aléas du travail
Ont séparé les tourtereaux mais trouvaille
Ryan Air a permis des rencontres régulières
Qui naturellement de façon singulière


Ont alors conduit à la naissance d’Agathe
Charmant et goulu bébé que ses parents gâtent
A Eindhoven en plein cœur des Pays Bas


Et maintenant après quelques menus débats
La noce est célébrée faut-il qu’on s’en souvienne
Nul ne sort de Suresnes qui souvent n’y revienne

Semi marathon

Aide-toi, le Cid t’aidera




O rage, ô désespoir ô vieillesse ennemie
N’ai-je donc tant couru que pour cette infamie
Et ne suis-je blanchi dans de nombreux footings
Que pour voir en deux heures flétrir tant de liftings


Mes jambes qu’avec respect tout Paris admire
Mes jambes qui tant de fois m’ont sauvé c’est le pire
Me trahissent moi rebelle et ne font rien pour moi
Qui tant de fois parus être le fou du roi


O cruel souvenir de ma gloire passée
Œuvre de tant de jours en deux heures effacée
Nouvelle infirmité fatale à mon bonheur
Précipice élevé d’où tombe mon honneur

Corps jadis tant à craindre et qui dans cette danse
M’a servi de parade et non pas de défense
Accompagne désormais le dernier des humains
Attends pour te venger un meilleur lendemain

Prise de sang

Le sang sue
Sang et eau
Laissant sus
Toute peau
Des traînées
Raisinées
Le sang va
Oui s’en va
Et virgule
Coagule

Terrine de lotte

Prends un kilogramme de lotte alias baudroie
Six œufs battus pas trop fort pour rester entiers
Une demi-bouteille de hot ketchup y est
Ajoutée avec un plein d’herbes à la noix
Persil, estragon ciboulette, verre à moutarde
Pour les contenir en volume à la hussarde

Fais pocher la lotte sans oublier les yeux
Laisse tiédir et coupe en dés comme pour un jeu
Mélange bien fermement tous les ingrédients
Et beurre un moule quatre quarts comme expédient
Puis verses-y entière la préparation
Que tu mets à deux cents degrés c’est la ration
Dans le four au bain Marie bien quinze minutes
Couvert et découvert quarante cinq minutes

Quand refroidi tu mets au réfrigérateur
Ce plat que tu démouleras en amateur

Post scriptum une mayonnaise bien léchée
Fera un accompagnement pour allécher

Voeux du poète pour 2010

Une bonne année cela c’est original
Et puis pour deux mille dix ce n’est pas banal
D’écrire des vœux tout en alexandrins
Que le poète se permet tel un grand flandrin

La météo quand le changement climatique
Revêt tellement d’importance médiatique
Est un sujet d’unanimité chaleureuse
Le poète vous la souhaite bonne et heureuse

La santé objet traditionnel des vœux les plus sincères
Thème de discours quotidiens sur la misère
De pauvres malades sans couverture sociale
Le poète ne vous la souhaite pas glaciale

La famille rassemblée dans la joie des fêtes
Présente les symptômes d’une unité parfaite
Même si la belle famille n’est pas si belle
Le poète vous la souhaite encore plus belle

Le travail lors des demandes corporatistes
Est le miracle quotidien de l’artiste
Qui va de chez lui à La Défense sans RER
Le poète vous le souhaite sans la galère

Bien enfoncé dans son fauteuil de retraité
Le poète vous envoie en toute sincérité
Des vœux chaleureux pour l’année 2010
Que de bien du bonheur elle vous emplisse

vendredi 12 août 2011

Je voudrais écrire beau

Je voudrais écrire beau
Je voudrais écrire bien
Mais la forme et le fond
Ces deux frères ennemis
Se disputent la place

Une belle forme c’est creux
Et le fond sans forme
C’est très abstrait

Pour éviter l’écueil
J’attaque à fond la forme
Et sur la rime
Déprime

Me revoilà sur le fond
Au royaume de l’esprit
Et dans le fond me revoilà
Bloqué

Le prêtre

Tel un funambule entre le ciel et la terre
Le prêtre en soutane se démène
Pour trouver le fil conducteur
Des âmes damnées vers le paradis

Amoureux des symboles son existence est bénie
Le pain le vin voici l’ivresse
La plénitude du repas sacramentel
Et l’extrême jouissance de l’heureux élu

Tout rempli de la sagesse des anciens
In vino veritas, panem et circenses
Il entraîne les paroissiens
Dans les délices des agapes

Et tout au fond là bas
Incrédule et envieux
Le païen le regarde


Mort du père

Un peu de vie s’écoule
C’est la fin des galères
Un pan de vie s’écroule
C’est la fin des colères

Le monde est là
Un autre monde
Présence
Silence

Un autre monde
Absence
Eternité

mercredi 18 mai 2011

Aïe Cul

Oui c’est le printemps
Dans l’hôtel le président
Fait un tête à queue

samedi 14 mai 2011

Le canard boiteux

C’est le printemps sur la mare tous les canards
Dans un joli désordre s’ébattent et se marrent
Paisible est l’harmonie où les voilà qui
A leur condition se plient c’est un fait acquis

C’est le printemps sur la mare les canettes
Dans un bel ensemble s’alignent et se mettent
Le croupion à l’air pour que messieurs les canards
A la queue leu leu prennent gaiement leur panard

Mais que se passe-t-il un peureux volatile
S’approche de la queue où paraît-t-il
Il ne répond pas aux critères de passage
Et d’exclusion il est frappé pour n’être pas sage

Tous les canards crient sus au malheureux perdu
Et à grands coups d’aile le pourchassent éperdu
Sous l’œil alangui des canettes au repos
Attendant la reprise du travail sur leur dos

O lecteur penses-y bien et considère si
En toi n’existe pas une réplique aussi
De ce triste et bouleversant canard boiteux

Agathe


Tu franchis les lourdes portes de l’existence
A Eindhoven un jour de réveillon béni
Dans le bruit et la fureur loin des silences
Du ventre maternel dont l’abri est fini

Tu naquis en terre étrangère et c’est étrange
De penser qu’autour de toi les gens baragouinent
Dans plusieurs langues pour bâtir un doux mélange
Sabir à écouter dès sonnantes matines

Avant tout le Mexicain une langue très douce
Fort voisine de l’Espagnol sera ta langue
Paternelle car Adrian sans faire de mousse
Entre deux fibres croque la vie comme une mangue

Puis le Français avec une mère épanouie
D’inoculer sa culture traditionnelle
Déjà sur le sein inculqué c’est inouï
Sera le petit lait qu’on boit sous la tonnelle

Enfin l’Anglais c’est à titre professionnel
Que tes parents l’ont connu et utilisé
Il restera en cas de trouble obsessionnel
Le recours ultime pour un discours aisé

Une orange

Cette orange cher inconnu qui en hérites
C’est Noël pour toi que je l’ai poétisée
Elle est ronde et sa peau il faut selon les rites
Enlever dévoilant ainsi une pulpe aseptisée

Ce corps mis à nu sera alors écorché
Non non vraiment pour l’orange pas de quartiers
Il s’agit bien de tout dépecer sans broncher
En laissant paraître des morceaux tout entiers

Je dois maintenant évoquer tant de pépins
Qui parsèment l’existence de tout un chacun
Qu’il faut éviter d’avaler comme un crétin

Puis la chair délicieuse sera ainsi qu’un
Aliment très sacralisé portée en bouche
Et sur cette offrande le poème débouche

L'ultime refuge

Le terrain de la vie c’est une vaste arène
Vous entrez tout pimpant et pétulant d’ardeur
Sous l’œil avide d’une foule peu amène
Vous choisissez un petit coin de pur bonheur

Vous hésitez un peu beaucoup passionnément
Puis hop c’est décidé voilà vous achetez
Ce petit bout de territoire qui nommément
Vous transforme quelqu’un en toute dignité

Eh bien ce petit coin le matador l’adore
Car c’est là que va s’accomplir l’acte suprême
Il s’agit évidemment de la mise à mort

Et alors tout bêtement à l’instant extrême
Vous vous exclamerez sans aucun subterfuge
Pourquoi tant investir dans l’ultime refuge

Un dernier vers (haiku)

En ce triste automne
Le poète tombe il est
Rongé par les vers

Mondanités (haiku)

Un très bon poème
Vaut mieux qu'un très long discours
En toute saison

La vie des rats

Certains rats ont un destin très exceptionnel
Ils commencent leur vie cérébrale en jouant
A des jeux de piste dans cubes et venelles
Et le docteur subtil les observe en comptant

Sur leur aptitude à comprendre et réfléchir
C’est la première phase de leur destinée
Alors vient la deuxième phase sans fléchir
Des piqûres dans la tête ou le périnée

Sont enfoncées par le médecin moins câlin
C’est la troisième phase ils sont mis en jeu
Il faut dès lors déterminer le plus malin

Celui qui résiste le mieux mais quel enjeu
Le bon et merveilleux gagnant thérapeutique
Permet à la science une avancée mirifique

Pastiche

Le dormeur Duval
Imbibé de pastis
Gît au fond du ravin

Un pot énorme
Le pot aux roses
Ne sent pas la rose
Mais quel arôme
Il sent l’anis

Le pot vacille
Le pot hésite

Et sassafras
Des gerbes de roses
Surgies du néant
Explosent dans sa tête
Imbue de boisson

L'intellect

Petite parcelle intouchable
Siège de vie spirituelle
Tu résides en l’esprit
Et pourtant le sublimes

Ignoré de ton vivant
Ignorant de la mort
Tu poursuis à travers
L’être
Ta conquête du néant

Lors de mon dernier souffle
Petite parcelle tu me quitteras
Pour t’agglomérer au grand tout

Cette intelligence désincarnée
Qui nous possède
Et nous gouverne

La gamberge

Observez ces sourcils froncés et ce regard
Reflet des turbulences d’un monde intérieur
Subissez cette angoisse comme à la gare
Les départs anxieux vers une vie antérieure

Questionnez honnêtement cet être tourmenté
Il vous parlera de soucis professionnels
De la tristesse des jours enrégimentés
De porte monnaie ou de crise passionnelle

Il ne vous dira pas même sous la contrainte
Son envie d’être seul son envie d’être ailleurs
De s’éclater librement hors de toute astreinte

Pendant des demi-heures il ne vous dira pas
Au fil de son discours qu’il n’a rien à vous dire
Rien à raconter, ce malgré tous vos appâts

L'instant foetal

La porte s’ouvre sur le béant
Un flot de spermatos
Visqueux zoomorphes
En cataracte se rue
Jouisseur Niagara
A l’assaut du trésor

Ovule
Toi seul es l’objet de la quête
Des millions de conquérants
Décimés pour toi tout seul
Tu règnes sur leur monde
L’espace d’une capture

Stop
Ici s’arrête cette trépidante bataille
Un élu est choisi
Heureux ou malheureux

Ces petites bêtes
Ne connaissent pas
Le bonheur

Le genou

Ma chère épouse c’est bien légitimement
Qu’avec effroi je décris amoureusement
L’opération chirurgicale dont ton genou
A maintenant subi l’épreuve malgré nous

L’événement s’est amorcé quand jeunette
Dans les prairies tu courais telle une fillette
Sans souci de l’arthrose ni de sa sinistrose
Et tu voyais aveuglément la vie en rose

Tu étudiais l’anglais avec acharnement
Des tas de vers british tu apprenais gaiement
Quand soudain on te fit une ostéotomie
Qui progressivement t’a ôtée aux tommies

Tu connus les affres de ces plaques en titane
Recalant d’un degré tes tibia et fémur
Ces os liés par une rotule en banane
Coincée à cause d’un cartilage assez mûr

Et l’érosion (c’est des oiseaux) fit son affaire
Des grains de sable tu fis grincer à De Hanne
Telle une petite vieille plus rien à faire
Tu n’étais plus aidée par ces genoux en panne

C’est alors qu’il fallut la prothèse totale
Assemblage hybride de métal et plastique
Positionnés grâce au ciment c’est pratique
Pour éviter la claudication si fatale

Gare à nous le sourire
Enfin tu vas courir
Non fini les béquilles
Oui c’est bientôt la quille
Usons de ce genou

Sonnet de château



C’est avec beaucoup de regrets
Que nous avons quitté Segrez
Splendide château des Picard
Qui certes ne sont pas ringards

Le temps nous fut clément assez
Pour qu’en maillot nous prélasser
A la piscine quel délice
Soit le plus gros des exercices

Puis il y eut l’arboretum
Dont l’élagage est une somme
De tâches herculéennes

Mais hélas il faut que survienne
Après cet excellent séjour
La fin de ces si beaux jours

Prière d'un inconnu

Au-delà des mots, Seigneur écoute ma prière
Laisse moi dépasser ma condition corporelle
Les vapeurs de l’alcool et les vapeurs d’encens
Et tout mon univers sensationnel

Au-delà des poèmes, Seigneur si c’est possible
Ecoute cette aspiration de l’au-delà
Des lendemains qui chantent
Et des aujourd’huis qui chantonnent

Au-delà des écrits, Seigneur vestiges
D’un savoir occulte et figé
Des mots nouveaux peuvent encore apparaître
Ah lis les Seigneur

En dedans de mes maux Seigneur arrive
Pour les oindre d’un baume à toi
Lénifiant comme la prière
Que j’ose enfin t’adresser

Les yeux d'Elisa

O ma chérie dans tes yeux je me noie
Fort loin de tous les regards à la noix
Comme tu m’illumines je me vois
Et je crois bien avoir trouvé la voie

La voie de ce cœur qu’ici je tutoie
Alors si d’amour je ne te tue toi
Il y a des choses que je t’avoue
Mon âme ce poème est tout à vous

Et je te dis vous et je vous dis tu
Je te tuvoie eh bien alors vois-tu
Je plonge dans des affres sémantiques

Où curieusement le sentiment tique
Mais heureusement il reste tes yeux
Dont le pur azur évoque les cieux

le moteur abandonné





Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une culasse infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les soupapes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Et le ciel regardait la culasse blessée
Comme une fleur s’évanouir.
Avec digne et fier son vilebrequin dressé
Pour ce qu’il lui reste à jouir

Les mouches abandonnaient ce ventre languide,
D’où avaient fui de noirs bataillons
De larves, coulant jadis comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Les formes se figeaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Le vilebrequin debout,
Sur le désert oublié, et que le passant achève
De revoir par le souvenir.

Derrière les rochers un chameau inquiet
Regardait tout d’un oeil fâché,
Épiant le moment de surprendre des quinquets
De cette forme relâchée.

Et bien sûr vous serez semblable à cette ordure,
A cette déréliction,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Mécanique ma passion!

Oui! Telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous les dunes dans les huiles grasses.
Pourrir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! Dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!

Harmonie du soir


La retraite temps béni arrive bientôt

Il s’agit de penser à s’occuper plutôt

Que de sucrer les fraises en toute saison

Car avouez le on peut perdre la raison


Il s’agit de penser à s’occuper plutôt

Que de laisser le spleen meubler le paletot

Car avouez le on peut perdre la raison

Si l’on n’a plus grand-chose à faire à la maison


Que de laisser le spleen meubler le paletot

Oubliant même d’écouter Rigoletto

Si l’on n’a plus grand-chose à faire à la maison

De tout cela que de coutume nous faisons


Oubliant même d’écouter Rigoletto

Oui je crois bien que l’épouse y met son veto

De tout cela que de coutume nous faisons

Puisque maintenant bien vieux nous nous taisons

La voiture à mots

Le réservoir est un dictionnaire, les mots c’est

L’essence, les mots à sens comme les mots sans sens

Le conducteur est un malin quand le réservoir est vide il pense

Il pense femme atours et amour défoncé


Le mot coule dans un canal auditif et

Tombe dans un carburateur où au contact

De l’air atmosphérique il est pulvérisé

Puis il entre dans une chambre oh le coquin


Dans cette chambre il est tripatouillé hum hum

Pour en extraire sa substantifique moelle

Qui si bien fait marcher la machine à moteur


Et qu’est-ce qui sort par le pot d’échappement

Prince, c’est la fumée exhalaison funeste

Devenir fatal de tout mot du dictionnaire

Sonnet à demain

Turbulent et vibrant l’espoir de Rock en Seine

A rafraîchi l’esprit fripé des gens blasés

En permettant d’oublier les joies et les peines

Que seule la musique sait cicatriser


Oui c’est plein les mirettes et plein les oreillettes

Que la sensation d’être en vie prend enfin corps

Et que c’en est terminé des tristes binettes

Carapaces grises s’affaissant sous le sort


Les dockers, les rockers et les cockers ensemble

Poussent cette chansonnette qui les rassemble

A la Bastille on l’aime bien Nini peau d’chien


Allez viens me dit-elle en chantant, allez viens

Turbulent et vibrant l’espoir de Rock en Seine

Enfin nous permettra de voir du rock la reine